Principes d'administration selon Henri Fayol (1841-1925)

Henri Fayol (1841-1925) a été formé à l’école des Mines de Saint-Etienne. Il est d’une génération d’ingénieurs formés dans un contexte de foi très forte en le progrès et les possibilités offertes par le génie humain. Il a environ 25 ans quand il est nommé directeur des Houillères de Commentry en 1866. Bien avant l’avènement et la montée en puissance des idées du management scientifique, Fayol développe une carrière double de scientifique et de directeur. Il incite ses ouvriers à faire, par exemple, signalement de traces fossiles, pour rapporter ensuite l’information au Muséum d’Histoire Naturelle ou à des sociétés savantes. Il est également contributeur d’études portant sur de nouvelles techniques d’exploitation minières ou encore, par exemple, le potentiel de certains alliages. C’est probablement par la science que Fayol entre en raisonnement sur la gestion des organisations. Il est convaincu de l’utilité de l’accumulation de connaissances nouvelles et d’une nécessaire bonne administration pour transformer ces connaissances en opportunités de développement pour l’entreprise. Ceci prend une forme très concrète à partir de 1911 avec le développement des activités du laboratoire d’Imphy qu’il dirige. Ce centre est conçu comme un dispositif de recherche totalement articulé avec l’usine et la fabrication. Il va plus loin que les laboratoires de l’époque qui répondaient à des problèmes posés par l’usine. Le laboratoire d’Imphy est doté d’un programme d’exploration scientifique systématique et dépassant les seules questions posées par la fabrication.

En introduction de l’ouvrage « Administration Industrielle et Générale » écrit par Fayol en 1916, ce dernier rappelle les bonnes propriétés d’une organisation qui aurait su se doter d’un appareil de recherche disposant de ressources importantes. Mais cet ouvrage est plus connu pour les principes d’administration développés par Fayol et débouchant sur une décomposition de l’activité administrative en 5 composantes fameuses : ‘prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler’.

Selon Fayol, prévoir consiste à « scruter l’avenir et dresser le programme d’action ». Fayol indique que le plus simple est le prolongement (la « continuité ») des programmes présents mais accepte l’imprévisibilité et admet explicitement les nécessités de la souplesse dans l’élaboration et le suivi des programmes. L’organisation consiste en la constitution du double corpus social et matériel nécessaire au bon fonctionnement de l’organisation. Organiser, c’est définir de façon claire les responsabilités et Fayol recommande d’ailleurs de représenter l’organisation sous forme d’un « tableau d’organisation » ou organigramme. Coordonner consiste à « mettre de l’harmonie » entre tous les acteurs de l’organisation. Pour cela, Fayol, très pragmatique, recommande quelques dispositifs devenus aujourd’hui classiques (la réunion hebdomadaire, les agents de liaison, etc.). Le commandement repose sur les qualités personnelles du chef et sur sa connaissance des principes généraux d’administration (que Fayol tente de rassembler dans son ouvrage de 1916). Enfin, le contrôle vise à vérifier que les ordres et les principes ont bien été respectés. Le contrôle est défini par avance de façon rigoureuse et obéit à des principes d’efficacité et de systématisme. Il est suivi de sanction.

Cette décomposition du rôle administratif est faite par Fayol dans l’objectif de doter le corps administratif d’un ensemble de principes et de règles, un peu comme le scientifique est doté d’un certain nombre de principes scientifiques et d’outils. Dans l’ouvrage de 1916, Fayol élabore une liste de 14 principes :

  • La division du travail conduit à plus d’efficacité,

  • Le lien autorité – responsabilité doit être respecté,

  • La discipline est un facteur clef,

  • L’unité de commandement: un homme ne reçoit idéalement des ordres que d’un seul chef (Fayol est ici en opposition à Taylor),

  • L’unité de direction: un seul but doit être envisagé,

  • Subordination de l’intérêt individuel à l’intérêt général,

  • Rémunération : il doit être trouvé un juste rapport entre rétribution et contribution,

  • Degré de centralisation: la centralisation est un fait naturel ; le degré de centralisation dépend de l’activité,

  • Hiérarchie : essentielle mais les communications latérales sont nécessaires également,

  • Ordre : une place pour chaque homme et un homme à chaque place,

  • Equité : la justice dans le travail doit être prévue par des liens conventionnels,

  • Stabilité du personnel : c’est un facteur de succès pour les entreprises,

  • Initiative : l’acte entrepreneurial et de réussite selon le plan est le plus puissant moteur de l’entreprise,

  • Union du personnel : l’union fait la force et chercher à diviser le personnel est selon Fayol une faute.

 

Avis de l’Observatoire : historiquement, Fayol est l’un des premiers à avoir tenté de construire une théorie (au sens d’un ensemble ordonné de principes) du management. C’est là la principale rupture qu’il offre à ses contemporains. Beaucoup de ses idées ont été développées par la suite. Il est notable aussi que beaucoup de ses principes ont été interprétés de façon radicale alors que Fayol rappelle à de nombreuses reprises dans son ouvrage de 1916 toutes les nécessités de la mesure (au sens de la pondération) et du fin dosage entre différents principes d’administration. L’épisode du laboratoire d’Imphy est moins connu que les principes d’administration développés par Fayol par la suite. C’est néanmoins probablement dans cet épisode que réside la singularité la plus frappante de tous les apports de Fayol au management. 

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