Gérer les RH en recourant à la Blockchain


La Blockchain peut être définie comme un registre contenant des informations, des données ou des transactions regroupées en blocs. Ces derniers sont ensuite assemblés les uns aux autres pour former une chaîne inaltérable : une tierce personne ne peut effectuer de modification une fois cette chaîne constituée. Les blocs ne sont pas stockés sur un serveur central mais en plusieurs copies sur différents ordinateurs que l’on appelle les nœuds. L’un des principes fondamentaux de la Blockchain repose sur la décentralisation de la gestion du registre, qui permet de garantir la sécurité du système, son immuabilité et qui le rend plus difficile à corrompre. Ainsi, la Blockchain permet d’instaurer un niveau de transparence élevé et une relation de confiance au sein d’un écosystème.

Au-delà d’un effet de mode évident générant un engouement tout particulier, l’utilisation de la Blockchain commence à intéresser la gestion d’un certain nombre de processus RH. Pour le management de ces processus, la Blockchain est pertinente car :

- Le système actuel n’est pas suffisamment efficace et nécessite un suivi conséquent : d’après le cabinet parisien Robert Half, 47 % des employeurs ont déjà exclu un candidat pour avoir falsifié son cursus professionnel en 2018. De même, 75 % des CV seraient trompeurs et 90 % des candidats trouveraient normal d’arranger leur CV ;

- Un grand nombre d’intermédiaires augmentent la lourdeur des processus et les coûts : il est bien connu que le processus de recrutement est long, fastidieux et couteux car souvent organisé en « stage gate » (passage par plusieurs étapes couperet) ;

- L’exactitude des informations est un enjeu majeur, qui vulnérabilise le système :l’incertitude qui plane autour des compétences ou diplôme d’un candidat n’est pas neutre car elle engendre le risque de faire échouer le recrutement ;

- L’activité demande de nombreux contrôles ou validations et un référentiel sûr et unique semble nécessaire : les risques exposés au point précédent sont d’autant plus pertinents qu’aujourd’hui il est très facile de fournir des documents falsifiés avec l'aide de Photoshop ou de sites internet spécialisés

Au regard de ces éléments, la Blockchain a le potentiel de transformer les processus RH et de résoudre les points de douleurs actuels, en apportant de la valeur à chacun des membres de l’écosystème : candidats, employés, employeurs, écoles, etc.

En premier lieu, la Blockchain peut garantir la validité et authentifier les informations fournies par les candidats lors d’un recrutement (diplômes, formations, expériences). Il s’agit également d’un levier de lutte contre la fraude autour des faux diplômes, enjeu majeur pour les entreprises. Les diplômes ou certifications sont alors digitalisés et délivrés physiquement et sous forme de smart contracts encryptés dans la Blockchain. C’est cette opportunité de marché qu’ont saisi des entreprises comme Cv Trust, BCDiploma ou encore le MIT en créant « Blockcert Wallet ».

La Blockchain rend possible une traçabilité sécurisée, authentique et immuable du cycle de vie d’un aliment et il peut en être de même pour le parcours d’un individu. La Blockchain peut ainsi permettre, au moyen d’une plateforme, de vérifier en un clic les références et compétences d’un candidat en temps réel. Au-delà du simple processus de recrutement, cela peut conduire à l’optimisation de la gestion du parcours employé et de son suivi de carrière.

Ce type de plateforme peut également permettre la mise en contact candidat / employeur ou encore la gestion de la rémunération via une cryptomonnaie. C’est sur ce marché naissant que s’implantent des entreprises comme APII, Impresso Labs, Talao, ChronoBank (projet LaborX).

La Blockchain se présente comme une technologie de rupture qui bouscule les entreprises, les business modèles et les processus métiers, de gestion des ressources humaines en particulier. Elle réinvente la notion de gouvernance par le principe de désintermédiation et de sécurisation des échanges et repense la notion de confiance de pair à pair ou encore celle d’asymétrie informationnelle. Un tel bouleversement, aussi positif soit-il, comporte des complexités de mise en œuvre, d’adoption ou encore d’évolution du cadre juridique. Il faudra certainement plusieurs années avant que la Blockchain ne soit véritablement adoptée à grande échelle et démocratisée.

Au-delà de la question de sa mise en œuvre (et des risques traditionnellement associés au recours à une technologie, quelle qu’elle soit), la technologie Blockchain pose la question de la nécessité du recours à un média pour garantir la confiance sur des processus qui ont pendant très longtemps fonctionné sans et ce alors même que l’asymétrie d’information (pour le recrutement notamment) a toujours existé.

Article préparé et écrit par Margaux Demazure, championne du Challenge Veilleur de l'Observatoire 2019 en Master Business Transformation de l'Université Paris-Dauphine.

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