Immersive Learning, la nouvelle dimension de la formation

Travail de synthèse réalisé à partir des travaux des étudiants de M2 Business Transformation de l’Université Paris-Dauphine, Amandine Desrez, Agathe Johanet et Rémy Laire (promotion 2017-2018)

Bénéficiant de l’essor de nouvelles technologies (réalité augmentée et virtuelle ou VR), l’immersive learning fait partie des innovations prometteuses du secteur de la formation et de l’éducation au sens large. L’immersive learning est défini par JDN William Peres, président et fondateur de Serious Factory - une société qui édite des simulateurs immersifs - comme « une technique qui consiste à plonger dans un environnement virtuel qui simule notre vie de tous les jours dans un but de formation ». Ces dispositifs s’appuient sur les enseignements du Learning by Doing, qui met en avant les bienfaits de l’apprentissage par l’acte. Nous retrouvons cette manière d’apprendre dans les fondements du compagnonnage des artisans, notamment en Europe Médiévale. Le compagnon, grade d’artisanat entre l’apprenti et le maître artisan, devait parcourir les routes et les villages pour pratiquer son métier le plus possible. Le but était de monter en compétence jusqu’à parvenir à la réalisation d’un « chef d’œuvre », pièce d’artisanat exceptionnelle et personnelle témoignant de la maîtrise de la discipline par son auteur. C’est après avoir produit un chef d’œuvre reconnu que le compagnon pouvait enfin adopter le titre de « Maître Artisan ».


Les modèles d’apprentissage par l’acte ne datent donc pas d’hier et mettent en évidence que, dans certains contextes, les apprenants d’une formation développent davantage leurs compétences lorsque celle-ci leur permet de les pratiquer directement. Ces méthodes ne remettent pas fondamentalement en cause l’apprentissage « classique » des connaissances, y compris via un support moderne comme le MOOC, les apports théoriques venant en complément des modalités d’expérience concrète. L’immersive learning se place principalement en complément d’un existant constitué d’un grand nombre de modalités d’apprentissage et non comme une innovation de rupture exclusive des autres.


Nous pouvons d’ores et déjà observer l’intérêt que suscite cette version du Learning by doing en lien avec plusieurs dimensions de la vie d’entreprise et du management en général : l’efficacité opérationnelle ou encore les Soft Skills à maîtriser dans la relation client. A titre d’exemple, les 200 centres de formation du géant du retail Américain Walmart, baptisés "Walmart Academy", sont équipés de casques Oculus Rift et d'ordinateurs suffisamment puissants pour les faire fonctionner depuis fin 2017. Walmart prévoit de former 150 000 employés chaque année via ce dispositif, un déploiement record en environnement professionnel. Plusieurs scénarii en VR ont été développés. Ces derniers plongent les employés dans différentes situations liées au management ou à la relation client pour analyser leurs prises de décision et mettre sur la voie des bonnes pratiques. D'autres contenus ont comme objectif de tester la réaction des collaborateurs dans des contextes stressants, comme la période du Black Friday. Les différents exercices ont une durée qui oscille entre 30 secondes et cinq minutes et viennent en complément d'un programme de formation en continu plus classique. Nous observons que ces nouvelles modalités d’apprentissages s’inscrivent dans la continuité des dispositifs de formation internes existants. Les managers y voient un moyen de former les collaborateurs en situation « réelle » tout en minimisant le risque pour l’entreprise de décevoir des clients lors du déploiement de programmes comparables mais en version « in situ ».


Il est intéressant de constater que l’immersive learning semble permettre une marge de progression plus importante sur des compétences difficiles à développer par un apprentissage plus classique. Les Soft Skills, qui regroupent un ensemble de compétences (esprit d'entreprendre, créativité, confiance, intelligence émotionnelle, prise de recul, audace, etc.) dont l’acquisition est difficile à quantifier mais dont la maîtrise est reconnue comme nécessaire dans de nombreux univers professionnels, sont plus difficiles à développer chez un apprenant pour de nombreuses raisons. Dans l’imaginaire collectif, il existe un effet de fixation fort : ce genre de compétence est habituellement lié à des qualités personnelles, des traits de personnalité, comme le charisme ou la confiance en soi. L’idée la plus communément répandue est que beaucoup s’estiment nés avec ou sans soft skill. Cette idée reçue rend leur apprentissage plus difficile à standardiser que d’autres enseignements plus neutres socialement (compétence technique, maîtrise d’un outil ou d’un logiciel, d’une langue). Or, au même titre que la maîtrise d’un logiciel ou d’un savoir-faire dans l’utilisation d’une scie sauteuse industrielle, des compétences comme la prise de parole en public s’apprennent et se développent au fil de l’expérience et aussi des enseignements (le partage d’expérience faisant d’ailleurs souvent partie des programmes de formation au soft skills).



De nombreuses entreprises de secteurs variés allant de l’industrie automobile (Volkswagen) à la grande distribution (Walmart) voire même la défense (Thalès) ont déjà mis en place des dispositifs de formation en réalité virtuelle ou augmentée. L’immersive learning voit son potentiel d’application amplifié parce qu’il propose une réponse à des problématiques actuelles du secteur de la formation et s’inscrit dans la continuité logique des pratiques innovantes observées dans le secteur comme les serious games, exemple de cas dans lesquels l’utilisation de l’immersive learning prend tout son sens. L’apprentissage des soft skills fait partie des points de développement les plus prometteurs de l’immersive learning, qui pourrait apporter de nouvelles solutions sur cet enjeu de la formation.


Une analyse de l’immersive learning pour impressionnant que ce dispositif puisse être (notamment parce que les technologies de réalité virtuelle le sont), impose cependant des prises de recul. Nous en évoquons quelques-unes. L’immersive learning rend-il plus efficace la normalisation de comportements dans certains univers professionnels ? Constitue-t-il un dispositif plus invasif, le fonctionnement cognitif des formés étant, d’une certaine façon, plus intimement sollicités ? De façon plus prosaïque, quel coût pour ce dispositif requérant un haut niveau de compétences dans son déploiement, un haut niveau d’équipement, un haut niveau d’ingénierie pédagogique (pour la conception des environnements immersifs) ? Enfin, quelle articulation imaginer entre l’immersive learning et l’activité de (re)conception des scripts des services offerts par l’entreprise ou même plus largement, la (re)conception et la R&D de nouvelles pratiques de management ?

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