La méthode DELPHI

La méthode DELPHI est une méthode consistant à recueillir sur un ensemble de questions le point de vue d’experts. Il s’agit d’une procédure itérative dans laquelle est mise en œuvre une certaine forme de structuration de la participation d’acteurs (experts) multiples, sensée aider à produire un accord entre ceux-ci.

La méthode a été développée par N. Dalkee et ses associés de la RAND corporation au début des années 1970. Nous en trouvons, entre autres, un exposé détaillé dans un article écrit par Dalkee et ses collègues en 1972. Elle s’appuie sur l’implication de trois catégories d’acteurs, dans une démarche de recueil de points de vue:

  • Le groupe des décideurs : ils sont maître d’ouvrage du processus et sont à ce titre en partie liés à ce qui émerge finalement de la procédure ;

  • Le groupe des acteurs en charge de la mise en œuvre de la procédure : il s’agit de coordinateurs qui supervisent les différentes phases constitutives de la démarche ; dans certains contextes ;

  • Le groupe des répondants ou des interrogés : il est constitué généralement des experts dont on souhaite recueillir le jugement sur un ensemble de questions.

A.L. Delbecq, A.H. Van de Ven et D.H. Gustafson puis C.L. Hwang et M.-J. Lin, sont ceux qui populariseront la méthode DELPHI, dans deux articles datant respectivement de 1975 et 1986. Ces auteurs identifient dans la procédure DELPHI 10 étapes successives :

(1) Construction d’un questionnaire. Il s’agit d’une phase déterminante dans laquelle il est essentiel qu’une attention particulière soit apportée à la formulation des questions pour que celles-ci puissent être comprises de la même façon par tous les experts interrogés.

(2) Sélection et prise de contact avec les répondants. Il s’agit au même titre que la première phase d’une phase importante. La sélection doit tenir compte du degré d’implication des experts dans le problème questionné, de la capacité des experts à apporter une information pertinente qu’il est possible de partager ensuite, de leur motivation à participer au processus DELPHI en entier. Enfin, les experts interrogés doivent évidemment avoir le sentiment que leurs points de vue seront effectivement pris en compte. Notons que nous retrouvons là une condition par ailleurs nécessaire à la mise en place d’une démarche de concertation.

(3) Détermination d’une taille du panel de répondants. Les auteurs suggèrent une taille de dix à quinze répondants

(4) Première série de questionnaire. Le premier questionnaire est soumis aux experts répondants. Ce questionnaire est suffisamment libre pour que les experts puissent s’exprimer avec le moins de contraintes.

(5) Analyse des réponses au premier questionnaire. Les groupes des coordinateurs et des décideurs construisent un résumé des réponses et identifient les thèmes ou les réponses sur lesquelles il est possible de faire apparaître un consensus entre les experts interrogés.

(6) Deuxième série de questionnaires. Pour ce questionnaire, l’attention est spécialement portée sur la présentation aux experts interrogés des points qui dans le questionnaire précédent avaient suscité accords ou désaccords. Les acteurs peuvent modifier leurs points de vue initiaux et justifier ces changements.

(7) Analyse des réponses au deuxième questionnaire. Les groupes des coordinateurs et des décideurs déterminent les nombres de voix exprimées en faveur de thèmes et la réponse de chacun des experts.

(8) Troisième série de questionnaires.

(9) Analyse des réponses au troisième questionnaire.

(10) Préparation du rapport final. Ce dernier résume autant les résultats des différents questionnaires sur les questions posées mais également le déroulement du processus.

Avis de l’observatoire : d’un point de vue pratique, la méthode présente de nombreux avantages. Elle permet de mettre en place facilement, sans les contraintes qu’impose la tenue d’une réunion classique en un même temps et en un même lieu des différents acteurs, une interaction indirecte entre acteurs qui ne se rencontrent ainsi jamais. Les dérives possibles de réunion physique en termes de délais mais surtout en termes de sujets traités sont ainsi évitées. L’interaction est contrôlée dans la mesure où les différents questionnaires encadrent à toute étape de la démarche le sujet qu’il convient que les experts traitent ; c’est là tout l’avantage des entretiens dirigés.

En termes d’aide à la décision et de démarche d’intégration, nous voyons en la méthode DELPHI quatre intérêts majeurs.

Tout d’abord, la méthode DELPHI est avant tout une procédure formelle qui structure les interactions des acteurs, autrement dit, leur participation à la démarche. La procédure précise implicitement quand intervenir, et sur quels sujets. Les rôles de chacun sont explicités et la procédure DELPHI distingue même formellement les acteurs qui participent parce qu’ils sont détenteurs d’une connaissance (les experts) et les acteurs qui participent parce qu’ils sont détenteurs d’enjeux (les décideurs).

Par ailleurs, le second intérêt est que cette distinction présente l’avantage de ne pas faire la confusion entre la recherche d’un consensus sur les connaissances en jeu d’une part et la recherche d’un consensus par rapport aux systèmes de valeur propres à chacun. Avec la méthode DELPHI, c’est le premier type de consensus qui est recherché.

A propos de consensus, nous notons ici que DELPHI s’appuie sur l’hypothèse implicite qu’il est possible de faire converger les points de vue de tous vers un même point de vue.

DELPHI permet en outre – troisième intérêt – de contribuer à prendre en compte explicitement les points de vue de tous. Tous les experts ont une égale capacité de faire prévaloir leurs opinions. Au passage, la méthode empêche que puissent se produire des phénomènes de leadership d’opinion qui dans le cadre de réunions physiques classiques peuvent conduire à inhiber certains acteurs.

Enfin, la méthode contribue à diffuser un langage commun entre les experts puisque ceux-ci sont tous interrogés avec le même questionnaire et donc les mêmes terminologies, les mêmes syntaxes, etc... Évidemment, en contrepartie, cela nécessite qu’une phase préalable d’accord sur les définitions des termes utilisés soit mise en place. Cela n’est pas explicitement prévu par les concepteurs de la méthode DELPHI.

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