Modèle de Karasek et études sur les Risques Psychosociaux

Le modèle « Demande-Contrôle-Soutien » de Karasek (1979) met l’accent sur les situations professionnelles pathogènes. Pour ce modèle, les situations marquées par de fortes demandes psychologiques (surcharge informationnelle, émotionnelle, manque de temps, changements d’horaires fréquents…) couplées à une faible latitude décisionnelle (autonomie, marge de liberté pour décider de ses actions et de l’utilisation et développement de ses aptitudes) favorisent l’apparition de tensions nerveuses au travail pouvant provoquer des symptômes dépressifs. La particularité de cette approche est d’avoir mis en évidence des facteurs organisationnels à l’origine d’un risque d’épuisement professionnel. Ce modèle a ensuite été étendu à une autre variable : le soutien social (soutien des collègues et de ses supérieurs). Dans ce prolongement, un soutien social faible associé à une demande psychologique élevée et une latitude décisionnelle faible correspond à la situation la plus pathogène (Karasek et Theorell 1990).

Ce modèle a largement été validé par les études internationales. Il s’est répandu en France depuis son utilisation en 2003 dans l’enquête SUMER (Surveillance Médicale des Expositions aux Risques) du Ministère du Travail. L’échelle de mesure issue du modèle, le Job Content Questionnaire (JCQ) fait l’objet de nombreuses utilisations au sein des cabinets spécialisés sur les risques psychosociaux (RPS) intervenant à la demande des directions d’entreprise (cas France Telecom) ou à la demande des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) en cas de risque grave ou important. Le code du travail précise que les CHSCT peuvent, en cas de harcèlement, souffrance, risque psychosocial, dégradation de l’ambiance au travail, faire appel à un cabinet « expert » agréé par le ministère du travail.

 

Avis de l’Observatoire : des recherches montrent les limites de ce modèle. Il n’expliquerait pas le stress mais plutôt la perception des conditions de travail, qui est l’un des facteurs de stress (les autres étant absents du modèle). De plus, la dimension collective du travail (les interactions) est relativement absente du modèle. Ces limites n’enlèvent rien à sa portée scientifique, et sa validité est reconnue internationalement. Il nécessite simplement des précautions d’usage et une mise en perspective de ses faiblesses dans l’appréhension du lien travail-santé. Ceci invite à un travail en commun sur les dispositifs d’études entre chercheurs et praticiens des cabinets spécialisés RPS - ou tout pilote d’enquête RPS dans les entreprises - prenant en compte le modèle de Karasek. Ce modèle est bien souvent utilisé comme un outil de réponse à tout risque grave repéré par le CHSCT au détriment d’approches qualitatives. Face à  des situations complexes de souffrance au travail, une approche par entretiens, analyse documentaire, etc. peut permettre un repérage plus fin des véritables problèmes et causes. L’usage généralisé du modèle de Karasek pour aborder les RPS questionne le sens de cette pratique et sa légitimité. Réinvestir dans des approches moins standardisées en lien avec l’organisation du travail et l’activité réelle paraît alors une solution alternative à explorer.

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