Juste Valeur et Coût Historique

Lors de la crise des caisses d'épargne américaines des années 1980, l'évaluation en coût historique est accusée du retard dans la prise en compte de la baisse de valeur de leurs actifs au sein des états financiers. Ces actifs correspondent principalement à des prêts à taux fixe, accordés lorsque les taux étaient très bas. Lorsque les taux montent, au cours des années 1970, la valeur économique et financière de ces prêts chute. A contrario, du fait du recours au coût historique, leur valeur comptable ne bouge pas. Pourquoi ? Car le coût historique prend en compte les baisses de valeur liées à une dégradation de la qualité du débiteur, notion comptable de dépréciation, pas celles liées à des variations de taux. Ainsi, le résultat net et les capitaux propres comptables des caisses sont surestimés en comparaison de leurs résultat et capitaux propres économiques, ce qui conduit à retarder la recapitalisation des caisses. La juste valeur est alors mise en avant comme l’innovation comptable qui devrait permettre d’appréhender plus rapidement les difficultés.

Or, lors de la crise financière des années 2008/2009, liée à la crise américaine des subprimes (crédits accordés à des populations peu solvables), volte-face, c’est la juste valeur qui est accusée d’avoir amplifié la crise. Au cours des années précédant cette crise, les banques ont titrisé massivement les prêts accordés à leurs clients. La valeur des titres ainsi émis est extrêmement volatile puisque liée à celle des prêts sous-jacents dont une part importante ont été accordés à une clientèle peu solvable. Le recours à la juste valeur joue alors un rôle de catalyseur et de nombreux titres voient leur cours s’effondrer.

Avis de l’Observatoire : Tout d’abord, qu’il s’agisse de la crise des caisses d’épargne américaines ou de la crise financière de 2008/2009, c’est l'instrument de mesure qui est accusé d’être responsable de la crise. Or, la prima causa de la crise n’est pas la méthode d’évaluation des actifs, coût historique ou juste valeur, mais, respectivement, la mauvaise gestion du risque de taux et la dissémination, via la titrisation, des risques consécutifs à une insuffisante analyse du risque de crédit lors de l’octroi des prêts.

Ensuite, la juste valeur est-elle réellement une innovation ? Au-delà des termes, des concepts proches ont été développés dans le passé, concepts mettant en avant la nécessité de distinguer les gains et les pertes réalisés des gains et des pertes latents. Dès les années 1920, Schmidt travaille sur le coût de remplacement, dans les années 1960, Edwards et Bell sur les gains et les pertes de détention. Dans les deux cas, ces auteurs sont des économistes et ils s’intéressent à ces concepts dans des contextes d’inflation, Schmidt est allemand.

En conclusion, la véritable innovation consisterait probablement à ne pas assigner à la comptabilité financière un rôle qui n’est pas le sien. La comptabilité financière doit fournir des informations utiles à la prise de décision. C’est un outil destiné notamment aux gestionnaires des risques, ce n’est pas un outil de gestion des risques.

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